L’essentiel à retenir :
- Le snoezelen est une approche non médicamenteuse de stimulation multisensorielle, née aux Pays-Bas dans les années 1970.
- En EHPAD, il apaise l’anxiété, réduit les troubles du comportement et maintient la communication avec les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer.
- La salle snoezelen mobilise les cinq sens : lumières, musique, odeurs, textures, goût.
- Une séance dure de 30 minutes à 1 heure, toujours en présence d’un soignant formé.
- La qualité de la démarche repose d’abord sur la formation de l’équipe, pas sur le matériel.
Comment entrer en relation avec un résident que les mots n’atteignent plus ? Par les sens. C’est le principe du snoezelen en EHPAD, une méthode de stimulation multisensorielle qui apaise les personnes âgées, et tout particulièrement celles atteintes de la maladie d’Alzheimer, sans recourir aux médicaments. Concrètement, le résident est accueilli dans une salle à l’ambiance douce, où lumières, sons, odeurs et matières à toucher sont mis à sa disposition, à son rythme et sans objectif de performance. Cet article détaille les origines de la démarche, l’aménagement d’un espace snoezelen, ses bénéfices documentés auprès des malades d’Alzheimer, le déroulement d’une séance et la place centrale de la formation des professionnels.
Qu’est-ce que le snoezelen ? Une méthode venue des Pays-Bas
Le mot snoezelen contracte deux verbes néerlandais : « snuffelen », explorer, et « doezelen », somnoler. Cette double racine résume la méthode : proposer à la personne une exploration sensorielle libre dans un climat de détente profonde. La démarche a été imaginée dans les années 1970 par Ad Verheul et Jan Hulsegge, deux professionnels néerlandais travaillant auprès de personnes en situation de handicap sévère. Elle a gagné la France dans les années 1990, portée notamment par le centre hospitalier interdépartemental de Clermont-de-l’Oise, avant de se diffuser dans le secteur médico-social puis dans les maisons de retraite.
Sa philosophie tient en une idée : privilégier l’être plutôt que le faire. Aucune consigne, aucune attente de résultat, aucune évaluation de la personne pendant la séance. Le soignant propose, le résident dispose. Cette posture distingue le snoezelen d’un atelier d’animation ou d’une rééducation classique, et explique en grande partie la définition et les bienfaits de cette pratique multisensorielle tels qu’on les observe aujourd’hui en gériatrie.

La salle snoezelen : un espace pensé pour les cinq sens
Un espace snoezelen se reconnaît au premier regard : lumière tamisée, musique douce, matières enveloppantes, ambiance sécurisante. Chaque élément de la salle a une fonction précise dans la stimulation des cinq sens, et l’agencement peut être modifié selon les objectifs de la séance ou les préférences du résident. Certains établissements disposent d’une pièce dédiée, d’autres optent pour un chariot mobile qui transforme temporairement une chambre en environnement sensoriel, une solution pertinente pour les personnes âgées qui ne peuvent plus se déplacer.
| Sens | Stimulations proposées | Exemples de matériel |
| La vue | Jeux de lumières, projections apaisantes | Colonnes à bulles, fibres optiques, projecteurs |
| L’ouïe | Musique douce, sons de la nature | Diffusion sonore adaptée, instruments accessibles |
| L’odorat | Parfums familiers, aromathérapie | Diffuseurs d’huiles essentielles, plantes aromatiques |
| Le toucher | Textures variées, enveloppement, chaleur | Matelas à eau chauffant, coussins à billes, dalles tactiles |
| Le goût | Dégustations plaisir | Aliments et boissons choisis avec le résident |
Le matériel ne fait pas tout, loin de là. Une salle suréquipée mais utilisée sans intention thérapeutique produit peu d’effets, quand un espace modeste animé par un soignant formé transforme la prise en charge. L’investissement humain prime sur l’investissement matériel.
Snoezelen et maladie d’Alzheimer : des effets observés au quotidien
Chez les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer, le snoezelen agit sur trois plans : l’apaisement émotionnel, le comportement et la relation. Les capacités sensorielles restent longtemps préservées alors que le langage et la mémoire déclinent. La personne malade ne cesse jamais de ressentir, même quand elle ne peut plus dire. La stimulation sensorielle devient alors un canal de communication privilégié, là où l’échange verbal s’est appauvri.
Les études disponibles vont dans ce sens. Les travaux de van Weert et de son équipe, publiés en 2005, montrent qu’intégrer le snoezelen dans le soin quotidien de patients déments améliore l’humeur, réduit l’apathie et diminue les comportements agressifs pendant les toilettes. Sur le terrain, les équipes constatent une réduction de l’agitation et de l’anxiété, un meilleur sommeil, et parfois l’émergence de souvenirs anciens ravivés par une odeur ou une musique. Ces observations rejoignent les recommandations qui placent les approches non médicamenteuses en première intention face aux troubles du comportement des personnes atteintes de pathologies neurodégénératives.
Le bénéfice se lit aussi côté soignant. Pendant la séance, le professionnel observe les réactions du résident, repère ses préférences, découvre des capacités que le quotidien du soin ne laisse pas voir. Cette meilleure connaissance de la personne nourrit ensuite le projet d’accompagnement personnalisé et améliore la qualité de la prise en charge globale, bien au-delà de la salle sensorielle.
Comment se déroule une séance snoezelen en maison de retraite ?
Une séance suit trois temps : l’accueil, l’exploration, la relaxation. Le soignant commence par expliquer le déroulement avec des mots simples, installe un climat de confiance et ajuste l’environnement aux goûts du résident, sa musique, ses lumières, ses odeurs familières. Vient ensuite la phase d’exploration : la personne âgée circule ou reste immobile, manipule les objets, réagit ou non, à sa manière et à son rythme. Le professionnel accompagne avec discrétion, sans solliciter ni corriger. La séance se clôt par un temps de détente, positionnement confortable, respiration, retour au calme progressif.
Quelques repères pratiques pour cadrer la démarche :
- Durée : de 30 minutes à 1 heure selon la fatigabilité du résident
- Fréquence : une à deux séances par semaine, inscrites dans le projet personnalisé
- Encadrement : toujours un accompagnant formé, jamais de résident seul dans la salle
- Suivi : une observation consignée après chaque séance pour ajuster les suivantes
La régularité compte davantage que la durée. Des séances courtes mais programmées de façon stable produisent des effets plus durables qu’une séance longue et isolée, en particulier chez les résidents désorientés pour qui la répétition crée un repère rassurant face à la désorientation spatio-temporelle.

Une démarche d’équipe qui s’apprend
Le snoezelen ne s’improvise pas. Ergothérapeutes, psychomotriciens, aides-soignants, infirmiers, éducateurs spécialisés : tous les professionnels de l’EHPAD peuvent porter la démarche, à condition d’être formés à la posture d’accompagnement, à la lecture du non-verbal et à l’observation fine des réactions. La séance mobilise des compétences relationnelles exigeantes, savoir se taire, savoir attendre, savoir proposer sans imposer, qui méritent d’être travaillées puis interrogées collectivement, par exemple dans le cadre d’une analyse de la pratique professionnelle régulière.
Chez CERF Formation, nous accompagnons depuis de nombreuses années les équipes du secteur sanitaire et médico-social dans l’appropriation de ces approches relationnelles et sensorielles. Notre conviction rejoint celle des établissements engagés dans la démarche : une équipe formée et supervisée fait davantage pour le bien-être des résidents qu’un catalogue d’équipements. La formation donne aussi un langage commun aux soignants, ce qui replace la personne âgée au cœur du projet d’établissement plutôt qu’en périphérie des organisations.
Faire entrer les sens dans le projet de soins
Le vieillissement de la population et la volonté de limiter les prescriptions médicamenteuses vont continuer à renforcer la place du snoezelen dans les EHPAD. Les établissements qui s’y engagent aujourd’hui construisent un avantage durable : des résidents plus apaisés, des familles rassurées, des équipes qui retrouvent du sens dans le soin. Si vous envisagez de déployer cette approche dans votre structure, commencez par la formation de vos professionnels : c’est elle qui transforme une jolie salle en véritable outil thérapeutique.
FAQ
Qu’est-ce que la méthode snoezelen en EHPAD ?
C’est une approche non médicamenteuse de stimulation multisensorielle, proposée dans un espace dédié à l’ambiance apaisante. Le résident explore librement lumières, sons, odeurs et textures, accompagné par un soignant formé, sans objectif de performance.
Le snoezelen est-il efficace pour les malades d’Alzheimer ?
Oui, les études et les retours de terrain convergent : réduction de l’agitation et de l’anxiété, amélioration de l’humeur, meilleure relation soignant-résident. Les capacités sensorielles restant longtemps préservées, elles offrent un canal de communication quand le langage décline.
Combien de temps dure une séance snoezelen ?
Entre 30 minutes et 1 heure, selon l’état de fatigue et les besoins de la personne. La régularité, une à deux séances par semaine, importe plus que la durée de chaque séance.
Faut-il une formation pour animer des séances snoezelen ? R : Oui, la posture d’accompagnement, la lecture du non-verbal et l’observation des réactions s’apprennent. Une formation dédiée conditionne la qualité des séances et la sécurité des résidents, davantage que l’équipement de la salle.
Sources :
- van Weert J.C.M. et al., « Behavioral and Mood Effects of Snoezelen Integrated into 24-Hour Dementia Care », Journal of the American Geriatrics Society, 2005
- Haute Autorité de Santé, « Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : prise en charge des troubles du comportement perturbateurs », 2009
- Fondation Médéric Alzheimer, travaux sur les interventions non médicamenteuses dans les troubles neurocognitifs
- Hulsegge J., Verheul A., Snoezelen, un autre monde, 1989